Chapitre 11 : Rencontre avec un ex prisonnier du Stalag VIII C 

 

Le 25 avril 2013 j'ai rendu visite chez lui à François Dupont-Huin, ex matricule 10.755 et sculpteur à l'atelier "île de France" du stalag VIII C, dans sa demeure morbihannaise d’Arradon.

Comment aurais-je pu imaginer un jour faire la rencontre de cet homme dont mon père avait fait la caricature 72 ans plus tôt, en indiquant seulement que son modèle se nommait Dupont ?

 

 A mon arrivée au manoir de Ker Laouen que François Dupont-Huin a construit lui-même, j'imaginais en regardant son profil au nez proéminent le plaisir que mon père avait eu à le dessiner sans se douter que sa progéniture aurait à cœur d'identifier un jour celui qui lui  avait servi de modèle  en même temps qu'à un autre peintre : Jean Billon.

Un jour de 1941 à l'Atelier deux peintres s’installent côte à côte : Jean Billon dont le talent de portraitiste est déjà reconnu et dont les caricatures sont d’un trait affirmé et incisif, et Henri Millet lui aussi portraitiste, d’une facture plus classique acquise à l’École des Beaux-arts de Poitiers, mais novice dans la caricature. Simultanément ils se sont appliqués à croquer le profil d'un certain Dupont au sujet duquel mon père a simplement noté qu'il faisait partie de leur équipe.

Mais quelle était l'activité artistique de ce Dupont à l'Atelier ? Je ne pouvais en avoir aucune idée et j'en restais là, intriguée d'avoir rencontré une facette inconnue du talent de mon père.

Mon intérêt pour ce fameux Dupont a rebondi lorsque j'eus en mains l'album de Raymond Mothe qui a fêté en sa compagnie et celle de Philippe Nachet… Noël 1941 à l'Atelier.

 

Cette photo sous laquelle l'architecte et peintre Mothe avait inscrit lui aussi le nom de Dupont me permit de mieux identifier son visage et me confirma qu'il appartenait bien à l'équipe des artistes. Mais quel y était son rôle ? Je ne voyais vraiment pas comment en savoir plus et pensais en rester là quand je découvris dans le programme d'une exposition d'artistes de l'Atelier île de France à Angers en juin 1943, qu'il existait parmi eux un sculpteur du nom de Dupont-Huin.

Dupont-Huin, sculpteur, émergeant de l'infinité des Dupont prisonniers, voilà ce qui m'ouvrait des perspectives.

Naviguant sur le net j'ai amerri dans le golfe du Morbihan où vivait à Arradon un nommé François Dupont-Huin, sculpteur et même écrivain qui avait publié en 2010, sous le titre Témoignages,  ses mémoires dans lesquelles l'expérience de la guerre et de sa captivité dans un stalag de Silésie tenait une grande place. Répondant à mon appel téléphonique il me confirma que j'avais vu juste en pensant qu'il s'agissait du stalag VIII C de Sagan.

Nous étions en avril 2013 et je me préparais avec Georges, mon époux à un petit voyage dans le Finistère pour y donner notre conférence vidéorama : "Derrière les barbelés. Artistes au stalag".

Georges fut surpris lorsque je l'informai de mon désir d'anticiper d'un jour notre départ afin  de faire une étape dans le Morbihan.

Le 25 avril  nous avons fait une halte sur le chemin du côté de Vannes : François Dupont-Huin nous attendait  avec impatience dans sa maison bretonne de Ker Laouen.

Je lui ai donné la caricature que mon père avait faite de lui : il n'en avait gardé aucun souvenir, mais il s'y est reconnu avec plaisir. Sur la table de son salon il avait posé l'original de sa caricature faite par Billon que je connaissais par la photo qu'en avait ramené mon père.

 

        

Dupont par BILLON                                                      Dupont par MILLET                                      Dupont : portrait supposé par MILLET

 

Il avait aussi posé sur une chaise son portrait peint à l'huile de sardine derrière lequel il avait noté au crayon qu'il avait été réalisé au stalag VIII C  en décembre 1941.

Le tableau a été malencontreusement recoupé pour être encadré et la signature a disparu. Celle de mon père ? Ce portrait pourrait avoir été réalisé par mon père qui nous a laissé d'autres portraits peints à l'huile de sardine, il nous a bien semblé reconnaître sa facture, mais François Dupont-Huin ne se rappelait pas avoir connu au stalag un peintre, un portraitiste du nom d'Henri Millet. Jean Billon ça ne lui disait pas grand-chose non plus, sauf la satisfaction d'avoir été caricaturé de sa main.

En revanche les premières phrases du chant d'espoir de "la Saganaise" que le jazzman Patoum n'avait pas oubliées à l'aube de ses 100 ans étaient aussi encore dans sa mémoire et nous avons versé ensemble une larme en fredonnant quelques lignes …

J'ai alors ajouté la dernière phrase de l'hymne : "Nous quitterons le camp de Sagan".

Avec des trémolos dans la voix il m'a répondu : "Oui… on l'a quitté".

 

François Dupont-Huin a cessé de sculpter depuis qu'un accident vasculaire cérébral l'a cloué dans son fauteuil en 2010 juste au moment où sortait son autobiographie intitulée "Témoignages" dans laquelle il aborde sa captivité en Silésie au stalag VIII C de Sagan.

Il y parle de ses tentatives d'évasion dont la dernière à partir d'un kommando à Breslau où son travail consistait à pousser la neige afin de déblayer les pistes d'un aérodrome militaire durant l'hiver 40-41.

Cette troisième tentative d'évasion se termine par un retour au stalag VIII C . Là il est mis au secret dans la prison du camp.

Dans sa cellule, il a droit à la visite de l'un des aumôniers officiellement reconnus par les Allemands en la personne de l'Abbé Robert Meurice qui apprécie la  foi chrétienne profonde du jeune évadé récidiviste âgé seulement d'à peine 22 ans qui lui confie être sculpteur, diplômé de l'Académie Royale Belge des Beaux Arts de Mons.

Le prêtre, en tant qu'aumônier des artistes du camp, est un familier de l'Atelier et il pense que son protégé y aurait bien sa place. Seulement c'est le camp de représailles de Rawa Ruska qui est destiné prochainement au n° 10.755 ainsi que tous les autres prisonniers qui ont tenté de s'évader à plusieurs reprises. Le sonderführer Wieland est le principal artisan de la mise en route de ce transfert. Il enverra à Rawa Ruska 2.500 évadés récidivistes. Tous ne reviendront pas de ce camp de représailles dit camp de la goutte d'eau (une seule bouche d'eau pour l'ensemble du camp) ou de la mort lente.

Tandis qu'un premier train est en partance pour Rawa Ruska, le Père Meurice obtient de Wieland l'admission provisoire de son protégé à l'Atelier "île de France" où le reçoit chaleureusement Jean Boulard, son responsable. La place de sculpteur de Jean Kervella qui maintenant s'est mis à la peinture vient opportunément de se libérer.

En avril 1942, François Dupont-Huin échappe de justesse au départ du second train qui emporte ses 4 compagnons d'évasion direction Rawa Ruska. Longtemps plus tard il apprendra qu'aucun n'est arrivé à destination : ils auraient réussi en cours de route à scier la paroi du wagon et à sauter avec d'autres sur la voie où certains se seraient tués tandis que d'autres prenaient le large.

Qui a intercédé de nouveau auprès de Wieland en faveur du sculpteur ? Pas le Père Meurice rapatrié le 29 juillet 1941 ni Jean Boulard rapatrié fin décembre de la même année. Léopold Berthois le nouveau chef de l'atelier ?

Peu de temps après le départ du train disciplinaire le Docteur Nicolas, médecin à l'infirmerie du stalag, conseille à son jeune ami récidiviste de l'évasion de simuler les symptômes de la tuberculose afin d'être déclaré "inapte" lors d'une contre visite effectuée par un médecin allemand et de pouvoir ainsi être rapatrié. La stratégie réussit et le train que prendra Dupont-Huin en juin 1942 c’est le train sanitaire ; il l’emmènera loin de toutes représailles, en France, au pays des retrouvailles.

 

Avril 2013 : François Dupont-Huin, veuf depuis février 2005, a demandé à son fils Hervé de conduire ses "amis Elias" dans son atelier maintenant à l'abandon où dorment modèles anciens et le dernier projet qui restera inachevé. Nous n'avons pas soulevé le voile qui le recouvre.

Depuis le décès de sa mère, Hervé, le seul célibataire d'une fratrie de 5, a été prié par son père de revenir vivre auprès de lui et il a pu intervenir à temps lors de  son accident vasculaire cérébral.

Nous avons pu admirer un plâtre représentant un prisonnier jouant de l'accordéon et le moule en plâtre d'une tête de femme que Dupont-Huin avait créée en vue de participer, à la demande de Boulard, chef de l'Atelier, à l'exposition Scapini au musée Galliera de décembre 41 - janvier 42 pour laquelle l'Atelier du stalag VIII C a travaillé avec fièvre se souvenait Henry Beauvois en 1943.

Dans son livre "Témoignages" François Dupont-Huin écrit : "Je réalisai un masque de femme cheveux au vent que j'intitulai : "la route" car elle symbolisait pour moi l'évasion, la liberté et donc la vie : la femme retrouvée à la fin de ces longues épreuves."

 

                  

 

A sa grande surprise cette "tête de femme" en plâtre est reproduite avec quelques œuvres issues d'autres camps : stalags et oflags  dans un article de la revue "l'Illustration"  n° 5156-5157 des 3-10 janvier 42. La revue lui est mise entre les mains par le chef de l'Atelier qui à cette époque est un Rennais du nom de Léopold Berthois. Il s'irrite une fois de plus de voir son nom de Dupont- Huin déformé, ici en Dupont Henri.

Peu après une lettre adressée à Mr Dupont-Huin, rédigée d'une jolie écriture féminine lui annonce : "Monsieur, j'ai admiré vos œuvres à l'exposition du musée Galliera. Je suis la personne qui a acheté votre tête de femme. Je vous félicite pour votre talent et je souhaiterais, si vous me le permettiez devenir votre marraine de guerre…"

Dupont-Huin sensible aux compliments de cette charmante inconnue signant J. Verdier ne demanderait pas mieux que de l'avoir comme marraine de guerre. Seulement voilà chaque prisonnier ne dispose que de quelques fiches colis  que les expéditeurs, en principe les familles, doivent obligatoirement coller sur leurs envois. Dupont- Huin répond à J. Verdier qu'il aimerait devenir son filleul, mais que malheureusement il ne peut lui fournir de fiche colis.

Quelques jours plus tard il reçoit ce petit mot charmant : "Mon cher filleul, je suis heureuse de votre acceptation. Ne vous inquiétez surtout pas pour les fiches de colis. Envoyez toutes celles qui vous sont attribuées à vos parents, je n'ai aucune difficulté à ce propos, je suis la présidente de la Croix Rouge Française. Je viens d'ailleurs de vous adresser un premier colis."

Le colis qui sera suivi de beaucoup d'autres pèse 5 kg. Les prisonniers envient les chanceux qui reçoivent de leurs familles de tels gros colis de vivres, vêtements que dans tous les camps on a appelé affectueusement un "Cinq tonnes".

Xavier de Traversay a mis en scène le veinard bénéficiaire d'un tel colis qui de plus est, suprême bonheur pour un fumeur, contient un paquet de tabac gris.

En recevait-il lui aussi des "cinq tonnes" de la région poitevine d'où sa famille était originaire et où il naquit en 1904 ? De la région parisienne où il habitait avec son épouse et son fils Xavier et où il avait fondé en 1928 dans le XVème  une agence publicitaire d'affiches artistiques ?

Son talent d'artiste publicitaire il l'a mis dès fin 40 au service de ses camarades prisonniers dans de nombreuses aquarelles qu'il a réunies sous le titre "Humour au camp" à son retour en France.

François Dupont-Huin était de ceux qui ont beaucoup apprécié la couleur que mettait le peintre sur les vicissitudes de leur existence quotidienne. Il a écrit dans : "Témoignages" :

"Mon ami Xavier de Traversay, caricaturiste, n'a cessé de maintenir notre moral par des dessins que n'auraient pas refusé les grands journaux nationaux."

Ce n'est pas moins de 16 aquarelles originales que le sculpteur a reçu de Xavier de Traversay.

Il les a conservées toutes avec grand soin avouant un penchant pour "d'un paddock à l'autre" où 2 prisonniers mangeant assis sur le bord d'un lit devisent ainsi : "comment as-tu trouvé la barbaque ? Oh ! bien par hasard sous un petit bout de rutabaga.

Il a beaucoup apprécié aussi les optimistes qui se disent entre eux avec beaucoup d'enjouement factice : chaque gamelle de plus… est une gamelle de moins".

De jour en jour la soupe est le plus souvent un brouet clair et l'espoir de bientôt rentrer en France va s'amenuisant pour la majorité des prisonniers.

 

Le Colis : Dessin original de X de TRAVERSAY qu'il a offert à F. DUPONT-HUIN

 

Les autres peintres qui ont marqué le sculpteur sont Jean Boulard, responsable de l'Atelier, un grand type très sympathique ; Pierre Brette, un Breton, il peignait la mer sur laquelle il y avait des bateaux ou des plages sur lesquelles de vieilles coques achevaient de se désagréger ; Christian Sandrin, il réalisait avec une très grande sensibilité des sujets religieux je me souviens de ses "pèlerins d'Emmaüs"; Philippe Nachet, ingénieur chauffagiste à Chatou, il peignait surtout des scènes bucoliques et des paysages de nos campagnes françaises ; Fedosséeff, un russe blanc à la sensibilité extraordinaire. Il peignait des compositions incroyables, basées sur des perspectives pleines d'imagination telles que "l’assassinat du Duc de Guise" vu par un rat de son trou, où "l'après beuverie" vu de l'angle du plafond de la pièce par une araignée retissant sa toile… Je l'ai toujours tenu pour l'un des êtres les plus intelligents que j'ai rencontré.

Alexis Fedosséeff signait ses œuvres Alo Eph et mon père a gardé de lui toute sa vie un souvenir émerveillé (voir chapitre 10- A : l'œil oppressant du mirador, le regard transcendant du peintre). Fedosséeff a été caricaturé par Jean Billon lui aussi à l'Atelier, les cheveux en bataille,  en diablotin avec deux petites cornes

François Dupont-Huin a parlé aussi dans son livre d'Henri-Ernest Giscard qu'il considérait comme un architecte avant-gardiste, fourmillant d'idées et à qui avait été confié le plan de la grande exposition Pétain qui s'est tenue au foyer du camp du 24 au 27 octobre 41, époque où le capital de confiance du Maréchal était encore intact chez les prisonniers de guerre.

L'architecte, peut-être assisté de Mothe et Beauvois,  avait prévu une entrée monumentale avec en son centre le buste du Maréchal. C'est au sculpteur Dupont-Huin qu'il demande s'il se sent capable d'une telle réalisation. Celui-ci accepte à la condition de pouvoir évidemment disposer des matériaux nécessaires. Giscard lui demande alors de faire un devis à soumettre à Boulard qui tient les cordons de la bourse. Dupont-Huin obtient les matériaux et se met avec ardeur au travail tant et si bien qu'il est fier de déclarer :

Notre exposition eut du succès et le buste de Pétain très ressemblant et à la facture vigoureuse me valut des félicitations. Cependant la guerre terminée, il me sera souvent reproché de l'avoir exécuté… En cette année 1941, nous n'avions nous les prisonniers que les nouvelles que voulaient bien nous faire parvenir les Allemands. Pétain dont le passé était exemplaire, ne pouvait en aucun cas être suspecté de faire le jeu de l'ennemi.

Les architectes Henri Giscard et Henry Beauvois sont gravés dans la mémoire de François Dupont-Huin. Par contre de Raymond Mothe aucun souvenir, pas même un déclic lorsque je lui ai mis sous les yeux la photo de la table de Noël 1941 où Mothe était assis en sa compagnie et celle de Nachet. Il a bien confirmé que c'était bien lui et Nachet qui se trouvaient sur cette photo. Philippe Nachet est en effet celui qui a accueilli le sculpteur le plus chaleureusement à son entrée à l'Atelier le faisant entrer dans sa popote (le petit groupe qui cuisine et mange ensemble le soir) dans laquelle il a fait connaissance de Georges Bretel coiffeur à Vannes : son activité ici consistait à réaliser de très jolies maquettes de bateaux…

A notre table se trouvait aussi une figure extraordinaire : l'homme petit mais râblé, à la figure burinée n'était pas d'une prime jeunesse. Un béret basque était éternellement vissé sur sa tête. Il se présentait comme étant le sculpteur de l'atelier. Il s'appelait Louis Franchet d'Esperey. Il était le neveu d'un  maréchal l'un des vainqueurs de l'autre guerre (nommé aussi Louis Franchet d'Esperey).

Que sculptait-il à l'Atelier ? Théodore Gouin dans son article du Soleil Saganais cite ses amusants petits santons. Tandis que François Dupont-Huin dit que l'homme au béret passait son temps à confectionner des leurres. La chasse à la sauvagine avait été dans le civil la passion de Franchet d'Esperey avec ses longues heures d’affut à guetter le gibier attiré par les leurres disposés sur le plan d’eau.

Au stalag le sculpteur fabriquait des silhouettes de canards, son ami Dupont Huin raconte  que : Pour cela il allait chercher une bûche à la menuiserie, revenait à l'atelier, dessinait sur une face un profil de canard, puis retournait à la menuiserie le faire découper. Son temps passait ainsi en allers et retours entre les deux ateliers jusqu'à ce que le morceau primitif qui mesurait 50 centimètres par 10 ne soit plus que de quelques centimètres. Alors il sortait son couteau de poche et sculptait un canard miniature de 4 à 5 centimètres. Il exposait ainsi une bonne dizaine de canards qui se suivaient à la queue leu leu. Le pari de l'atelier consistait à prévoir combien il en ferait avant de rentrer en France.

Franchet d'Esperey est-il reparti avec ses canards lorsqu'il a été rapatrié comme ancien combattant ? François Dupont-Huin n'a plus entendu parler de celui qu'il considérait comme un "grand bonhomme".Franchet d'Esperey n'avait-il pas eu l'outrecuidance de rétorquer au Commandant du Camp qui déclarait qu'il n'y avait plus d'armée française : Cela m'étonnerait  depuis Clovis le fait ne s'est jamais produit ?

Dupont-Huin fréquente assidument la chapelle. Il y retrouve le Père Meurice qui,  l'automne venu, commence à penser à la fête de Noël et demande à son protégé de bien vouloir fabriquer des santons pour la Crèche.

Dupont-Huin raconte : Bien entendu, j'avais donné au père mon accord pour l'exécution des santons et je lui avais aussi exposé mon idée d'une crèche différente de celles qu'on voit généralement dans nos églises. Je souhaitais qu'elle fasse bien ressortir que la naissance du Christ avait posé une borne dans le temps séparant l'ancien du nouveau testament… Je représentais la vierge portant son bébé et lui donnant le sein, Joseph ouvrant la porte de l'étable, surpris de voir arriver tant de monde, mais les accueillant avec simplicité et joie. Cette scène se déroulait dans un diorama s'ouvrant à hauteur d'œil au milieu d'une borne kilométrique aussi haute que le permettait la distance plancher-plafond du lieu et large en proportion. Au dessus de ce diorama, une phrase, paraît-il un vers de Péguy, donnait une explication : "Et la porte s'ouvrit sur une ère nouvelle". Cette crèche, ultra moderne pour l'époque, fut bien accueillie par tous les prisonniers.

 

 

La photo de cette crèche figurait dans mes archives, mais j'ignorais l'année de sa création : en même temps que je découvrais son concepteur en avril 2013 je sus qu'il l'avait réalisée pour la célébration de Noël 1941. François Dupont-Huin, resté profondément croyant, évoquait encore avec beaucoup de fierté son œuvre dont il vantait la modernité et le bon goût.

Une porte ouverte vers une ère nouvelle … J’y vois aussi l’espérance de liberté du prisonnier qui passe son deuxième Noël dans sa prison de barbelés.

Ils ne le savent pas, mais la plupart d’entre eux devront en vivre encore trois autres avant de retrouver ceux qui leur sont chers.

 

 

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