Chapitre 2 : "la blitzkrieg ou guerre éclair"

 

Début mai 1940, la 25/1 est encore dans le Nord. C'est toujours “La drôle de guerre” pendant laquelle les soldats se retrouvent dans l'inactivité démoralisante du front.

C'est un mois de mai radieux où beaucoup d'entre eux se laissent aller à lézarder au soleil.

Mais le 10 mai, coup de tonnerre dans le ciel :  la wehrmacht, sur l'ordre d'Hitler, lance une offensive générale, appelée “fall gelb” ou opération jaune, contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg restés neutres et la France. Par la voie des airs, avec une aviation redoutable qui couvre les blindés allemands de Guderian.

La position stratégique des Pays-Bas entre la France et l’Allemagne sur les flancs non protégés de leurs lignes de démarcation (Maginot et Siegfried) a fait d’eux une route logique des offensives.

Dès ce 10 mai, le bataillon auquel appartient Henri Millet a franchi la frontière belge selon le plan Dyle Breda prévu depuis novembre 39 par le haut commandant français en cas d’agression de l’Allemagne.

Quels sont ces soldats ? La photo d'archives de "la campagne de Belgique" indique seulement que ce sont des soldats français entrant en Belgique le 10 mai 1940.

Ce plan prévoit une avancée des troupes alliées le long de la rivière Dyle jusqu’à Anvers. Le général Gamelin a même prévu que certaines troupes pousseraient jusqu’à Breda, au sud des Pays-Bas.

C’est ainsi qu’Henri Millet s’est retrouvé avec la 25/1 et la 25/2 à Breda le 11 mai afin de faire la jonction avec l’armée néerlandaise et stopper l’avancée allemande. Mais malgré la destruction de quelques passerelles par la 25/2 selon le plan prévu,  la progression des chars allemands oblige tout le bataillon à se replier et à retraverser la Belgique.

Plan photographié aux archives de Vincennes

“Breda, ne me parle pas de Breda” me disait papa dans les années 80 quand, revenant d’un voyage aux Pays-Bas, je lui vantais cette ville que j’avais trouvé charmante. Qu’y avait-il vécu de si terrible ? Est-ce là qu’il avait touché la mort de près voyant ce camarade qui escaladait un mur juste devant lui tomber sous les tirs ennemis ? Cela aurait pu être moi, ça a été lui, il flotte toujours dans l’air en ces cas-là comme un parfum de culpabilité.

Cet épisode qu’il a évoqué si souvent ne s’est pas passé à Breda comme je le pensais, les rapports de Vincennes n’y mentionnant, pour la 25ème Compagnie du Génie d’Angers aucune perte humaine.

 Le 14 mai, la 25/1 est à Saint Léonard, près d’Anvers et détruit quelques ponts ayant été minés par le Génie belge, selon un rapport du Capitaine Bechereau, consulté aussi à Vincennes, qui fait état ce même jour de la mort de 5 hommes après blessure de l’artillerie ennemie.

L’un d’eux est peut-être le soldat qu’Henri Millet a vu s’effondrer sous ses yeux : le sergent Marcel Gourdon (Ille et Vilaine), le caporal Louis Chotard (Maine et Loir), le sapeur Marcel Poisblaud ou Louis Soulard  (Vendée) ou Albert Idier (Charente) ?

Ce même 14 mai la 25/1 évacue Saint Léonard... se retrouve le 18 mai toujours en Belgique à Saint Niklaas puis à le Forest dans le Pas de Calais.

La 25/1 a été divisée en plusieurs sections. La 3ème section commandée par l’aspirant Marius Delpech et à laquelle appartient Henri Millet se dirige vers le Nord, près de Lille, à Lambersart. C’est là que le 31 mai, elle sera faite prisonnière après avoir été portée disparue ainsi que 2 autres sections pendant la retraite.

Si bien que les rapports de Vincennes ne racontent rien sur cette bataille de Lambersart au cours de laquelle les allemands ont commencé ce 31 mai 40 à faire des prisonniers dès 4 heures du matin et, dans la journée, à faire tomber des prospectus de leurs avions indiquant que les français étaient cernés et n’avaient plus qu’à se rendre, à déposer les armes.

A la fin de sa vie, dans un cahier bleu, Henri Millet a résumé ainsi son parcours pendant la guerre éclair :

“C’est seulement le 10 mai, qu’à la suite d’une attaque allemande par la voie des airs, nous avons franchi la frontière belge jusqu’à Breda en Hollande. Après plusieurs percées par les chars allemands, nous avons dû nous replier jusqu’à la frontière française.

Complètement encerclés, nous avons été faits prisonniers à Lambersart dans les faubourgs de Lille le 31 mai 1940. Après avoir été rassemblés dans un lieu vaste, nous avons passé la nuit.

Le lendemain, nous sommes partis pour une longue marche à pied en Belgique avec peu de ravitaillement sous une chaleur accablante.

Photo d'archives d'une colonne de prisonniers français en marche sous bonne escorte, semblable à celle où Henri Millet a pris place le 1er juin 1940 pour une longue marche à pied en Belgique.

Puis après quelques transports par train nous arrivâmes en Hollande, puis nous embarquâmes sur des péniches à charbon tassés comme du bétail. Nous faisions ainsi du 5km à l'heure sur le Rhin. Ce fut un parcours lent et malpropre. Heureusement que nous avons eu un petit moment de contact avec la Croix Rouge française sous les auspices d'une femme sympathique.

Puis le débarquement eut lieu à Wesel sur le Rhin. Entrés en Allemagne, nous avons été ensuite embarqués et tassés dans des wagons à bestiaux obscurs et bien verrouillés. Plusieurs fois nous avons du nous arrêter et passer dans plusieurs camps de passage avant d'échouer à Sagan, notre station définitive. Ce que fut notre vie dans ces wagons dans de telles conditions, est difficile à décrire”.

Décrire cette vie, d'autres l'ont pu, bien des années après les faits. Ainsi Louis Bodez dans “Mémoires d'un gefang” et Louis Brindejonc dans “Le soleil est au bout du voyage” (extrait). Tous 2 furent acheminés vers le stalag VIIIC. Leurs récits sont transcrits sur le site : stalag-viii.ifrance.com qui a été créé par Pierre Defives qui intitule lui-même son récit « mourir en Silésie ». On y trouve aussi les textes de Marcel Deverge, Antoine Pagni… qui témoignent chacun de ce qu’il a vécu au stalag VIIIC de Sagan.

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