Chapitre 3 bis : Un peu du chemin de la capture à Dinant…

 

Le 8 décembre 2009, je reçois un mail signé Jacqueline qui me dit :

Je suis la fille d'un prisonnier de guerre du VIII C.

Mon père est décédé il y a maintenant trois ans à l'âge de 92 ans.

Contrairement à beaucoup de ses camarades, il me parlait de cette période …”.

 

A partir de là, nous échangeons et c’est ainsi que je suis maintenant en mesure de vous présenter Gabriel Dordron qui, de Dinant en Belgique, s’est retrouvé lui aussi au stalag VIIIC.

 

Gabriel Dordron, dit Jacky, est né à Caen le 11 mai 1914. Ainsi que mon père et que tous ceux de la classe 34, son service militaire a lieu de 1935 à 1937.

Le 27 août 1939, Gabriel Dordron est lui aussi rappelé sous les drapeaux et rejoint sa caserne du Havre.

Le 2 septembre 1939, il part aux armées avec le 129 R.I. 9ème compagnie. Parmi ses camarades, il y a Pierrot, originaire aussi du Calvados, qui a suivi le même parcours que lui depuis 1935.

Le 10 mai 1940, ils sont à Guise dans l’Aisne. Et ce jour ensoleillé, c’est bien agréable de le passer hors du casernement, qui plus est pour exercer une activité passionnante qui rompt la monotonie des jours.

Ce à quoi était occupé son père ce jour-là, Jacqueline nous le narre :

En mai 1940, quand la véritable guerre a éclaté, c'était le week-end de la Pentecôte. Mon père  participait à un tournoi de foot militaire à Guise dans la zone des armées. Il a été rappelé en catastrophe pour partir sur le front car les Allemands approchaient. Les soldats sont partis en car pour le front en ayant eu peu de temps pour se changer et prendre leurs affaires. Ils devaient prendre position sur les bords de la Meuse pour empêcher l'invasion”.

 

Rappelez-vous le coup de tonnerre dans le ciel radieux du 10 mai 1940 : la Wehrmacht, sur l'ordre d'Hitler, lance une offensive générale, appelée “fall gelb” ou opération jaune, contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg restés neutres et la France.

 

Ce 10 mai, les soldats français doivent partir sur le champ pour contrecarrer le passage de l’ennemi.

C’est ainsi que Gabriel Dordron se retrouve, avec le 129 R.I. 9ème compagnie , en première ligne sur les bords de la Meuse, dans la région de Dinant, au sud de Namur, en Belgique, face aux allemands qui essaient de traverser sur des canots pneumatiques.

 

“Cette histoire est remarquablement racontée par Jean Pierre RICHARDOT dans son livre récent "100 000 morts oubliés - La bataille de France 10 mai - 25 juin 1940” m’a fait savoir Jacqueline. Je me suis alors procuré cet ouvrage que je vous recommande si vous voulez en savoir plus sur cette période.

 

Sur les bords de la Meuse, au poste de fusil mitrailleur, le tireur c'est Jacky et Pierrot le servant, celui qui alimente le fusil mitrailleur en déroulant la lourde guirlande de cartouches.

Le 13 mai à 17 heures, Jacky et Pierrot sont capturés ensemble à proximité du château de Anhée, près de Dinant.

Ils sont emmenés tous 2 vers l’Allemagne après un séjour dans un camp de transit. Jacqueline ignore actuellement lequel. Ils ont voyagé dans les wagons à bestiaux et se sont retrouvés ensemble au stalag VIIIC.

 

“Je ne sais pas comment s’est passée son arrivée à Sagan, mais j'ai quelques photos où on le reconnaît "la boule à zéro", très très maigre (comme les deux ou trois camarades qui sont avec lui). Il a marqué derrière une de ces photos “1940, le début du calvaire”.

  

Sur les 2 photos, Gabriel Dordron est celui le plus à gauche.

En arrière plan, les tentes dans lesquelles beaucoup de prisonniers dormaient sur de la paille. En juin 40, il n'y avait pas encore assez de baraques pour les accueillir.

 

Sur la plaque matricule de Gabriel Dordron, on lit 13376 :

Plaque matricule reçue par les prisonniers dans les jours de leur arrivée et portrait plus tardif de "Jacky" alors qu'il a retrouvé ses cheveux, récupéré des kilos et un logement en baraque

 

Nous reparlerons de Gabriel Dordron dans un chapitre ultérieur qui abordera le football à Sagan, sport dans lequel il excella et qui était si important pour le moral des prisonniers.

Sa fille nous dit : Il faisait partie de l'équipe de foot du camp. Il faisait beaucoup de sport : il a tenu grâce à cela”.

Si d’autres témoignages sur le sport me sont adressés, je me ferai un plaisir de les inclure.

 

 

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