Chapitre 4 : Rayons de soleil au stalag

 

 

1er décembre 1940, c’est un soleil rayonnant qui apparaît autour du titre d'un hebdomadaire qui vient de voir le jour à l’ombre des barbelés.

Son directeur général, Jean Vicherat, matricule 52323, qui signe Jean de Lébrijes y publie le premier article qui s'intitule « Il est né » :

« Dans un stalag modèle comme l'est le VIIIC, il était normal, fatal même, qu'un journal vit le jour. Et n'a-t-il pas bonne mine le nouveau-né dans les bras de son parrain Monsieur le Commandant du camp qui vous l'offre à tous, mes chers camarades... Bien sûr on recevra des critiques puisqu'on est un morceau de France, fusse en Silésie... »

Dans le numéro du 22-23 décembre, Jean de Lébrijes adresse ses meilleurs voeux à ses camarades et les encourage à proposer leurs « papiers » pour participer à la rédaction de ce nouveau-né qui pousse et qui a pour nom « LE SOLEIL SAGANAIS ».

Les 7500 prisonniers français à l'intérieur du stalag, mais aussi les 37000 qui sont disséminés autour du camp dans des arbeitskommmandos ou A.K.(détachements de travail) en ce mois de décembre 1940 ont maintenant leur journal.

 

11 décembre 1941, avant dernière page du « Soleil Saganais » n° 22 :

 

Pour préparer Noël

Nous allons maintenant fêter Noël et le Premier de l'An ensemble en union de pensée dans les kommandos et dans le camp.
Nous ouvrons un concours de “contes de Noël” entre tous les P.G. du VIIIC. Le plus beau paraîtra au “Soleil Saganais” et son auteur recevra un splendide portrait du Maréchal.

Nous nous attacherons à récompenser la pensée et le sentiment plus que le style...

Ecrivez-nous, ainsi se resserreront les liens entre tous pour ce Noël 1941.

                                                                             Jean VEDRINES 32808/VIIIC

Adjoint de l'Homme de Confiance.

 

Noël 1941, le n° 23 du « Soleil Saganais » publie un conte de Noël intitulé : « Un soir pas comme les autres »

Pour qu'il soit plus facilement lisible, je  l'ai retranscrit pour vous fidèlement en y incluant des dessins qui l'illustraient. Le voici, avec mes souhaits de joyeux Noël 2009.

 

Noël 1942, Henri Millet nous fait le récit de son réveillon avec quelques camarades de « l'atelier île de France ».

 

UN NOËL AU STALAG.

 

«C’était en 1942, pendant notre captivité en Allemagne, malgré notre vie de prisonnier et peut-être à cause de cela, nous avons voulu fêter cette nuit de Noël. Avec quelques camarades de la baraque où nous étions, nous avons décidé de préparer ensemble le réveillon. A l’avance, nous en rêvions… C’était une occasion de nous soutenir moralement et d’espérer… A l’aide de nos colis que nous recevions de nos parents, nous avons prélevé et mis en commun un certain nombre de denrées nécessaires. Par exemple, des victuailles raffinées, objet sûrement de gros sacrifices pour eux à cette époque. Nous avons été aidés, il faut le dire, par le chef responsable de la réception des colis ; celui-ci faisait partie de notre équipe et était parfaitement dans le coup. Informé à l’avance et l’œil  exercé, il pouvait extraire avant le contrôle des allemands, les choses prohibées, le vin par exemple et les autres alcools. Puis, après que chacun eût apporté sa contribution personnelle et son grain de sel, nous avons pu faire un regroupement des produits sélectionnés et établir un menu assez copieux et original.

Ensuite, avec les moyens du bord, il fallut aménager les lieux, les nettoyer et finir par leur décoration. Beaucoup d’improvisation était nécessaire et chacun a œuvré selon ses goûts et ses aptitudes. Le plus délicat fut la confection des menus; après avoir trouvé quelques cartons genre bristol, la mise en page et l’élaboration furent conçues par le spécialiste en lettre. Le menu devait mentionner, au dos, en son pourtour, les noms de tous les participants, puis sur une feuille encartée dans le bristol les titres des mets. Et, au recto, une illustration différente pour chaque menu le personnalisait. Or, sur ce dernier point, l’on trouvait des choses assez drôles et inattendues. Avant de se mettre à table l’on dut s’accorder sur le déroulement de l’essentiel, c'est-à-dire sur les mets à assembler dans l’ordre normal. Ce fut le rôle des cuisiniers. Puis j’allais oublier l’importance du sommelier, car les vins aussi avaient été choisis, mis de côté précieusement et bien cachés. Enfin, tout le monde s’installa à sa place dans l’enthousiasme et avec pas mal d’appétit. Parmi nous, il y avait des gens doués pour l’animation et aussi les chansons, les histoires, et la musique assurerait le rythme. Je ne me souviens pas si nous avons dansé, mais par contre je sais qu’il y avait des déguisements et des cotillons. En résumé, nous avons passé une joyeuse nuit, bien mangé et bien bu… Heureusement que nos lits n’étaient pas si loin.

Nul n’aurait pu imaginer cela dans un camp de prisonniers de guerre. Il faut dire que nous avons profité d’une situation bien spéciale. Un genre de trêve de Noël. Et puis ça se passait à la baraque des artistes… »

 Et maintenant place au menu de fête inséré dans cette belle couverture :

 

 

Marinade de filets de thon et anguillettes

Confit de porc

Salade de légumes

Sardines grillées au beurre

Asperges de Vineuil sauce blanche

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Poularde du Mans farcie aux Marrons

Petits pois à la Française

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Pommes garnies

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Salmis de Lapin aux Champignons et Quenelles  

Haricots maraîchers Nantais

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Fromage de chèvre

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Fruits

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Gâteaux secs assortis

Gelée de fruits

Flan à la Vanille

Crème au Chocolat

Pièce Montée

Bûche de Noël

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Moka Côte d'Ivoire ( origine garantie )

 

 

Le tout arrosé de Bière, Moselle Blanc, Vins du Mirador, Oriana, Beaujolais, Saint-Emilion, Bordeaux, Vieux Champagne, Whisky, liqueurs.

 

Grâce à des trésors de ruse, les prisonniers ont réussi à organiser un réveillon raffiné et copieux à la lueur des bougies et ...  sous l'oeil de qui vous voyez sur l'immense portrait.

En 1941-42, la propagande pétainiste était encore largement relayée par l’élite intellectuelle au sein du stalag.

 

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