Chapitre 5 bis : Un Kommando à la ferme à Glogau

 

C’est le 24-01-10 que j’ai trouvé sur le livre d’or de ce site le mot suivant venant de Colette Blancho :

“Agnès,

C'est avec émotion que j'ai lu vos recherches, et appris beaucoup de choses sur le stalag VIII-C.

Mon père, monsieur DESGREE Robert, Matricule 54147 y a passé environ 5 années, il est allé travailler dans des fermes, j'ai peu d'informations sur cette triste période, il ne nous relatait que les bons moments vécus avec ses camarades.

je possède des photos que je peux éventuellement vous communiquer.

Il est décédé le 4 Janvier 1978 (63 ans).”

 

Sur ma réponse affirmative, le 11-02-10, je reçois le mail suivant :

“Je vous adresse les photos de mon père ( le plus petit ) prises lors de son travail à la ferme avec un groupe de prisonniers”

Parmi ces10 P.G. contre la baraque, Robert Desgrée, debout,tête nue, au 2ème rang

 

J'ai su ces derniers jours par une personne de ma famille que son commando était situé à Glogow, les baraquements où ils dormaient avaient été construits sur le terrain de sports

Quand on regarde cet intérieur de baraque, on a l’impression d’un espace bien aménagé où chacun a trouvé son coin de rangement et peut goûter des moments de détente.

De nombreux P.G. occupaient une partie de leurs moments de loisir à jouer aux cartes : belote, tarot…

Dans ce kommando de Glogau (Glogow),le soir dans la baraque, c’est des parties de poker que Robert Desgrée et ses camarades disputaient.

Le gagnant recevait une petite récompense prélevée sur les colis reçus.

 

Les P.G. aimaient aussi le sport, en particulier le foot, les jeux de plein air.

A Glogau, il arrivait qu’on se fasse une pétanque.

 

Que de bons moments vécus avec ses camarades dont Robert Desgrée a rapporté des photos !

Regardez par exemple, comme ils sont souriants tous les 6 face à face avec leurs gros nœuds papillon, devant un sapin décoré comme pour Noël, ou avec de fausses barbichettes qu’on fait semblant de tirer chantant peut-être : je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier de nous 2 qui rira aura une tapette.

S’inventaient-ils des sketches dont une partie d’entre eux étaient les spectateurs ?

 

Voyez aussi ces moments de farniente qui pourraient donner à penser qu’ils sont en villégiature, en grandes vacances comme le titrait ironiquement, après guerre, un livre de Francis Ambrière illustrant la vie au stalag par des photos prises clandestinement.

 

Les photos, c’est tout ce j’ai me disait Colette. Mais, lui répondis-je, ces clichés sont d’une richesse telle que, avec mon mari, j’ai pris le temps de les scruter pour essayer de deviner ce qu'ils racontent...

Il y en a un, entre autres, qui nous a intrigués, c’est celui sur lequel un prisonnier à califourchon sur une chaise a devant lui un panneau apparemment blanc… Mon mari a réussi à y décrypter le mot friseur.

Derrière ce prisonnier se tient Robert Desgrée. un camarade est en train de lui mettre dans les mains un coupe-chou (rasoir) et un peu plus bas, il semblerait qu'on voit un bol de savon à barbe.

Le friseur, le coiffeur, c’est Robert Desgrée ( Il en faut toujours un qui en fasse office au kommando. Celui de Glogau est situé à une soixantaine de kilomètres de Sagan et des coiffeurs du stalag VIIIC).

Le client, c'est le gars à califourchon. Les autres camarades, debout ou sur des chaises attendent leur tour ou servent d’assistants-coiffeur ?

Mais tout cela ne serait-il pas simplement  une mise en scène ?

 

Sur une autre photo, dans la neige, par terre des cloches. Dans le fond un bâtiment industriel ? Mystère des cloches destinées à être refondues pour l’industrie de guerre ?

 

On dirait un moment que les P.G. sont allongés au bord d'un étang gelé sur lequel se tient celui qui prend la photo. Cela ressemble encore à une partie de plaisir.

 

Je crois qu’une des grandes forces des prisonniers, c’est d’avoir pu se constituer ce qu’ils appelaient la famille qui était un petit groupe de pays, de compagnons de travail…

Il me semble que les gars de ce kommando à Glogau formaient une telle famille, grâce à laquelle ils ont su se rire de l’adversité et partager des instants agréables.

Colette Blancho se rappelle en particulier que :

Le système D était de mise pour agrémenter cette vie bien difficile. Les prisonniers cachaient des pommes de terre et avaient réussi à fabriquer un alambic pour faire de l'alcool, le problème majeur était la direction des vents pour que les effluves ne reviennent pas vers  les responsables.

Un Posten était de connivence avec eux et avait un goût bien prononcé pour cet alcool.

Ils avaient réussi également à pénétrer dans les caves d'un restaurant désaffecté, où toutes les bouteilles étaient bien protégées par des grilles, cependant ce ne fut pas un problème pour eux, mais pour cacher les bouteilles vides ils n'ont trouvé que le puits qui commençait à bien se remplir.

 

François Roou que nous venons de rencontrer dans le chapitre 5 a vécu une expérience similaire que cite son fils André :

Le forgeron (qui était un prisonnier) avait fabriqué un alambic à partir d'un vieux bidon de lait. Les P.G. avaient réussi à le porter en pièces détachées dans leur cellule et ils distillaient des pommes de terre qu'ils avaient fait fermenter. Mon père parlait d'une espèce de Schnaps!

Fabriquait-on ainsi en douce dans d’autres kommandos à la ferme cette précieuse eau de vie comme on appelle le Schnaps en France ?

Mon père, Henri Millet, n’a parlé de rien de tel à la ferme de Alt Ellguth, mais il en a dit si peu. Seulement qu’il y était bien traité.

Henri Parisse, qui était en kommando à la ferme à Niemil, près d’Olawa, à 194 km de Sagan, en a-t-il rapporté photos et témoignages ?

C’est ce que je continuerai à publier ici ultérieurement si matière il y a dans les échanges que j’aurai avec sa belle-fille Béatrice.

Je viens d’informer Béatrice Parisse qu’il existe un site où l’on peut envoyer, ses photos du stalag VIIIC pour identification par nous lecteurs, et échanger des informations.

http://stalagviii-genealogie.xooit.eu/index.php

Nous sommes déjà quelques uns du VIIIC à y participer.

 

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