Chapitre 9 : l’atelier Ile de France et les grandes expositions du camp

 

Les grandes expositions constituaient un hommage au Maréchal.

A travers ce que j’ai pu apprendre de la grande exposition Pétain, j’ai essayé de montrer la forte propagande pour le régime de Vichy dans laquelle baignaient les prisonniers à cette époque.

Propagande qui leur faisait espérer leur rapatriement, leur participation à la restauration de la France où ils connaîtraient des lendemains meilleurs.

Je résumerais en disant qu'à cette époque, pour les PG : “Penser Pétain, c'était penser France”.

Pétain assurait aux PG qu'ils étaient ses amis, ses enfants... qu’il se ferait une joie d’accueillir à leur retour…

Ce n'est que plus tard qu'ils auront pu comprendre qu'ils ont été ses otages.

Ils ont “perdu” la guerre, Pétain s'est “servi” d'eux...    Alors ils se sont tus.

Il y a 70 ans qu'ils furent faits prisonniers, mais la défaite de 40 n'a pas encore été intégrée dans la mémoire nationale et pourtant elle suscite de plus en plus l'intérêt du public, par contre on parle beaucoup moins de Vichy dont nos PG furent eux aussi des victimes.

A mon sens, ce n’est pas salir la mémoire de nos pères que de dire, maintenant avec le recul, qu’ils se sont fourvoyés pendant un temps en donnant leur confiance à un homme qui, s’il a fait certes de bonnes choses pour eux, les a surtout trahis.

 

Dans le chapitre 8, j’ai abordé les expositions permanentes de l’Atelier Ile de France. Elles étaient dites expositions libres.

Mais l’Atelier se devait aussi de participer activement à la préparation et la mise en œuvre des “Grandes Expositions” du Camp, manifestations culturelles et collectives, organisées par les hommes de confiance, qui mobilisaient tous les talents et toutes les bonnes volontés.

 

La première, dite “Exposition Pétain” a eu lieu les 24-25-26 octobre 1941 dans le cadre des “Journées du Maréchal” sous la direction d'André Maders, 1er homme de confiance principal du stalag VIIIC.

A l’Oflag XVIIA de Edelbach en Autriche, une telle manifestation fut aussi organisée sous le nom de “Semaine de France”.

 

La seconde dite “Quinzaine de la France impériale” a pris place du 20 novembre au 6 décembre 1942 sous la direction de Pierre Guérin, de Marseille, 2ème homme principal de confiance.

 

9-A : La grande exposition Pétain

 

De la grande expo Pétain et de ses préparatifs, Henri Millet a envoyé des photos à sa femme. En octobre 41, il y a peu de temps qu’il est rentré à l’Atelier et il participe pour la 1ère fois à un travail d’équipe artistique au sein du stalag. Sur l’unique page de photos du stalag VIIIC faisant partie de son album familial, on voit Henri Millet au travail, un compas à la main, la pipe à la bouche, parmi quelques camarades de l’Atelier dont il n’a pas indiqué les noms.

Mais que peut bien faire mon père un compas à la main ? Cet instrument ne lui servait habituellement pas pour élaborer ses œuvres.

 

La réponse, je l’ai eue dans le magazine “Vrai” rédigé par des prisonniers libérés (d’Oflags ou de Stalags) et publié à Paris. Ce numéro 8 du 15 avril 1942, le seul que je connaisse, est arrivé entre les mains d’Henri Millet au camp puisqu’on y trouve le tampon Stalag VIIIC Geprüft 39 (Geprüft est le participe passé du verbe prüfen qui signifie vérifier, examiner, contrôler, autrement dit censurer).

 

Dans “Vrai”, c’est l’article d’un certain Michel Petijean qui m’a éclairée. Il est intitulé “Les Cercles Pétain” et il présente la réalisation graphique du “Relais Pétain”, œuvre de l’Atelier Ile de France lors de “l’exposition Pétain” du stalag VIIIC.

J’imagine mon père regardant attentivement cette page et se revoyant quelques mois plus tôt, en octobre 41, en train de participer au traçage de cercles :

Un grand cercle au centre dans lequel est inscrit l’homme de confiance relié directement à Vichy.

Le gouvernement de Vichy assurait, en effet son omniprésence dans les camps par l’intermédiaire des hommes de confiance qui mettaient en valeur auprès des prisonniers toute la sollicitude dont les entourait le Maréchal à laquelle les PG se devaient de répondre par un engagement de toute leur personne à son service dans la grande œuvre de reconstruction de la France, à travers la révolution nationale, dans laquelle lui-même était courageusement et totalement engagé.

En octobre 41, l’homme de confiance principal, c’est l’adjudant-chef André Maders, PG n°32478. Son 1er adjoint, c’est Jean Védrine, PG 32808 et le 2ème adjoint c’est Pierre Chigot, PG 19769.

 

Il y a 10 petits cercles autour du grand cercle de l’homme de confiance, dans lesquels j’ai déchiffré de bas en haut : Foyer, Bibliothèque Reliure, Théâtre, Journaux, Service de Renseignements, Soleil Saganais, Stade, Chapelle, Atelier Ile de France, Université.

Du grand cercle partent des liens vers les nombreux Arbeit Kommandos.

 

On peut lire dans “Prisonniers de guerre” de Yves Durand : “Les hommes de confiance obtinrent petit à petit des locaux pour eux-mêmes et pour les services qui s’édifièrent autour d’eux et qu’on prit l’habitude dans le jargon des camps de désigner sous le nom générique de la Confiance. L’homme de confiance d’un stalag se trouvait en effet à la tête d’une véritable administration s’étendant non seulement à l’ensemble des baraques du camp, mais à tous les kommandos dépendant du stalag. Chacun de ceux-ci avait également son homme de confiance aux responsabilités de même ordre mais évidemment beaucoup plus limitées.”

 

Dans “Vrai” est aussi publiée la photo du bureau de Maders sur laquelle on distingue une affiche de la francisque autour de laquelle sont inscrites les valeurs de la révolution nationale : travail, famille et patrie.

La francisque, on l’a vue fleurir à Vichy en 1940 comme l’emblème personnel du chef d’état représentée par un manche qui est le bâton du maréchal de France, accosté de 2 francisques d'argent rappelant aux français 2 victoires, celle de Tolbiac (Clovis) et celle de Verdun (Pétain).

 

Illustrant l’article de Michel Petijean, une 2ème illustration graphique, œuvre de l’Atelier, c’est justement la francisque symbolisée par un immense bâtiment chargé d’échafaudages sur lesquels de nombreux ouvriers sont au travail. Michel Petijean écrit :

“L'atelier Ile de France avait conçu deux grandes réalisations graphiques montrant l'engagement de tout le stalag à oeuvrer avec Vichy.”

Jean Védrine dans le “Soleil Saganais” affirme aux PG et en leur nom que “nous achèverons l’édifice à notre retour”.

        

 

La carte d’invitation générale aux journées du Maréchal et le programme complet de cette grande manifestation qui faisaient partie des archives paternelles, je pense que vous parviendrez à les déchiffrer sans problème.

        

 

L’exposition est plus précisément intitulée : “Travail du camp au service du Maréchal”.

Vous constaterez en lisant qu’effectivement tout le camp est mobilisé avec les défilés de la fanfare, des sportifs, l’orchestre des Fol’s Sags, les offices religieux, le théâtre… avec 2 séances de gala de “La veuve joyeuse”.

 

“La veuve joyeuse” est une opérette autrichienne qui a été créée par Franz Lehár sous le titre “Die Lustige Witwe” et dont la 1ère a eu lieu le 30 décembre 1905 à Vienne.

Elle connut un triomphe immédiat en Europe et Flers et Cavaillet en firent une version française dont la mélodie “Heure exquise” est devenue très populaire.

Mon père aimait écouter et nous faire goûter ce passage. Lui rappelait-il le stalag VIIIC avec Gaston Joly, la diva dans le rôle de la veuve et René Lafforgue, le ténor dans le rôle du comte Danilo qui la courtise.

Voici la photo de la diva que m’a transmise la fille de Gabriel Dordron, PG n°13376.

Le 24 octobre 1941 à 18h, c’est l’ouverture officielle de l’exposition.

L’atelier Ile de France a créé des affiches. En voici une intitulée “Patrie” qui est l’œuvre de Nachet ainsi que mon père l’a noté au dos.

        

C’est à Jean Boulard, chef de file de l’école saganaise, qu’on doit le magnifique portrait du prisonnier derrière les barbelés “J’attends pour servir” qui a été repris en gravure par Antoine Boero artiste lui aussi de l’atelier Ile de France.

      

Raymond Mothe, plus habituellement le dessinateur des femmes élégantes, comme on a pu le constater dans le chapitre 8, nous offre en couverture du Soleil saganais d’octobre 41, numéro spécial consacré au Maréchal, une francisque qui contient en son centre les visages de profil de Pétain et d'un compagnon de France reconnaissable à son béret alpin, regardant dans la même direction. Les Compagnons de France est un mouvement de jeunesse proposé par le chef scout Dhavernas et créé en 1940 à l’appel du Maréchal.

     

Voici maintenant la photo de 3 hommes en train d’installer l’expo :

Sous l’image du Maréchal est inscrit le serment des “Cercles Pétain” redit chaque jour par ses partisans :

“Je jure fidélité à la personne du Maréchal Pétain chef de l’Etat. Je jure et je promets d’employer chaque minute de ma captivité à me préparer à servir et d’être, à mon retour, l’artisan infatigable et impitoyable de la Révolution nationale”.

Ce serment de fidélité, 33000 PG sur 35000 répondront à l’invitation de le revêtir de leur signature au cours de ces journées.

 

Fonder et présider un “Cercle de la Révolution nationale”, c’est le projet de Maders qui voit sa réalisation le 1er janvier 42.

 

Voici la photo d’une vue générale de l’expo, au centre se trouve le portrait immense de Pétain. Est-ce l’œuvre de Marcou qui avait été remarqué dans une exposition libre pour son superbe portrait au crayon du Maréchal ?

Près de cette effigie 2 prisonniers ont monté la garde en permanence pendant les 3 jours de l’expo tandis que des milliers d’hommes venaient lui rendre hommage.

 

Jean Védrine écrit, dans le soleil saganais d'octobre 41 que “déjà toute la journée du 1er au 2 mai 41 le portrait du Maréchal fut gardé par 2 soldats à fière allure tandis que des milliers d'autres venaient le saluer” et il ajoute : “Vive le Maréchal, sa photo, sa francisque, ses paroles illuminent nos baraques”.

Le 1er mai 41, Pétain a officialisé la fête du travail. A l’époque, le 1er mai, c’est aussi le jour où les chrétiens fêtaient Saint Philippe (de nos jours c’est le 3) et tout naturellement c’est devenu celui de la fête du Maréchal à l’instar d’une fête nationale.

Le nouvel autel de la chapelle du stalag VIIIC a été orné pour l’occasion de part et d’autre de la francisque. Mais est-ce en 41 ou 42 ? Voici la photo tirée de l’album de Henri de Fitte, PG n° 19250. Il a noté à côté : Nouvel autel, anniversaire de la fête du Maréchal.

 

Sur une photo du stand de l’atelier, une affiche illustrée par du matériel de dessin annonce : Equipe Ile de France “Unis pour reconstruire”.

Les œuvres exposées sont des paysages, des portraits, des natures mortes…

Sur une autre photo d’une partie de ce stand, on voit un peu plus précisément des dessins accrochés sur un panneau sombre.

        

Regardez bien en bas à droite, le 2ème qui s’y détache est signé en haut à gauche d’une petite croix discrète :

C’est un petit signe de reconnaissance fait par Henri à l’intention de Jeanne, sa femme. Le dessin représente en effet la très célèbre église romane Notre Dame la Grande de Poitiers où Jeanne Moreau faisait partie de la chorale avant son mariage avec Henri Millet. Mon père, dans son Ile de France aimait lui aussi à retrouver et faire partager la beauté de sa région dont ils avait la nostalgie.

Cette église Notre Dame, il en a fait, de retour à Poitiers, une représentation à l’encre de Chine, prise exactement sous le même angle avec en plus des grilles et des personnages. D’après la même gravure ?

Voici enfin une photo, du stand des tailleurs, cordonniers, coiffeurs, publiée sur E-Bay sans aucun commentaire. Gayant me l’a transmise et comme ce stand était au programme des journées du Maréchal, je vous la redonne à mon tour.

Pour les coiffeurs, on distingue la tête ; pour les tailleurs, les vêtements ; mais pour les cordonniers ?

Par contre la maquette décorative du voilier me semble venir de l’atelier.

Pierre Mobèche, de Lannion, PG n°26851, dont je vous ai présenté le portrait fait par mon père dans le chapitre 7, s’occupait à l’atelier de ce qu’il appelait “son chantier naval”.

Lucien Mimault, de Rouillé dans la Vienne, un pays d’henri Millet, a travaillé aussi avec Mobèche à la construction de bateaux.

 

Tous ces hommes, artisans ou visiteurs de cette Grande Exposition baignaient dans la propagande de Vichy, illustrée par la redondance des images maréchalistes.

C’est ainsi qu’en octobre 1941, au stalag VIIIC comme dans tous les camps, le texte suivant a été adressé aux prisonniers sur une carte postale ornée de la francisque et du portrait du Maréchal : “Prisonniers, mes amis et mes enfants, je pense à vous avec toute mon affection et je vous félicite du noble courage dont vous faites preuve, en attendant le jour où il me sera donné de vous accueillir à votre retour dans la patrie”.

Son portrait, on le trouve aussi dans tous  les “colis Pétain” (Biscuits de guerre, tabac, savon, vêtements…)  et même sur les paquets de cigarettes :

Toujours en octobre 41, le “Soleil Saganais” entièrement consacré au Maréchal a été diffusé largement au VIIIC.

Mon père en avait ramené à Poitiers un exemplaire, à son retour en juillet 43. Après sa mort en juillet 2006, nous avons découvert, avec étonnement, ce numéro parmi tous les documents de captivité.

Pourquoi ne nous a-t-il jamais parlé de la propagande pour Pétain auprès des PG ? Propagande organisée en particulier par les hommes de confiance qui, avec d’autres voix, s’expriment dans ce spécimen du “Soleil Saganais”.

Que disent-ils ?

Les hommes de confiance et quelques autres voix présentent Pétain indéniablement comme le Sauveur.

Jean Védrine, PG n° 32808, 1er adjoint de l’homme de confiance se réjouit de la chance providentielle pour les PG d’avoir un homme à aimer, de pouvoir lui obéir avec sécurité, enthousiasme. Un homme dont le passé est garant du présent et de l’avenir.

 

L’Adjudant-Chef André Maders, PG 32478, homme de confiance principal a publié un article sur “La vie du Maréchal” qui fut aussi l’objet de sa conférence du samedi 25 octobre à la baraque 9/2.

Il pense qu’après Verdun en 1918, Pétain “sauveur par prédestination” se donne à nouveau tout entier, sans souci des difficultés, en devenant Chef de l’Etat. L’idée force qui se dégage de sa vie et qui doit désormais inspirer toutes nos actions est : “Servir”

 

Jean Vicherat, PG 52323, rédacteur du “Soleil Saganais”, a composé un poème dont voici un extrait :

                      A Monsieur le Maréchal très respectueusement.

Le pays était blessé, à genoux, moribond... Alors, le coeur serré, réclamant l'armistice, vous l'avez relevé sanglant au bord du trou... Mais vous, Seigneur, gardez, gardez à la PATRIE le guide inattendu qui, du couchant rougi dans son manteau d'honneur et d'espoir a surgi pour remettre à son rang notre France meurtrie.

 

Il publie aussi un article qu’il a intitulé : “Une poignée de mains” dans lequel il évoque évidemment l’entrevue de Pétain et Hitler à Montoire, le 24 octobre 40.

Jean Vicherat pense que la poignée de mains échangée entre les 2 hommes est le signe d’une volonté de collaboration sincère et qu’avec elle “commence une nouvelle époque de l’Histoire du Monde : une époque de fraternité, d’entente, de tranquillité des peuples, de sécurité pour les mères enfin rassurées et songeant que leurs petits ne reverront plus cette horrible chose qu’est la guerre”

Cette nouvelle époque verra son avènement par la Révolution Nationale qui demande l’effort de tous afin de restaurer la France grâce à de nouvelles valeurs qui s'appellent “Travail, Famille, Patrie”.

 

Pour sauver la France, il s’agit à travers la Révolution Nationale d’effectuer le retour à une ère préindustrielle tournée vers la ruralité et la natalité.

 

L’exigence de natalité, c’est un prêtre qui en fait la promotion au stalag VIIIC :

Dans un article intitulé “Famille”, Michel Olphe-Gaillard, PG 13856, aumônier principal du camp succédant à l’abbé Kah, fait l’éloge de la famille nombreuse à travers une discussion fictive avec un jeune prisonnier qui a été égaré par son Parti, par les directives de ses chefs auxquels il s’est naïvement asservi, croyant, entre autres, à leur suite que le fait d’avoir beaucoup d’enfants constitue un délit.

Ces chefs, sous-entendu communistes, font partie des ennemis intérieurs, dénoncés par Pétain comme l’une des sources de nos divisions, de notre déclin, ils ne sont nommés qu’allusivement dans ce “Soleil Saganais” d’octobre 41 où ils reçoivent le nom de “Mauvais bergers”.

Le Maréchal réclame un retour à l’esprit chrétien. Car le christianisme a bien vu que l’homme qui refuse la fécondité se soustrait à l’équilibre de l’univers auquel il appartient. La natalité relève d’une obligation morale avant d’être une nécessité sociale.

 

Dans un article intitulé “Travail”, Pierre Rousseaux, PG 12680 (dans le chapitre 4, j’ai publié son conte “Un soir pas comme les autres”, élu meilleur conte de Noël 41, ce qui lui a valu de recevoir un splendide portrait du Maréchal), s’exprime ainsi :

Prisonnier, que le champ clos des barbelés ne soit pas un lieu de faiblesse et de découragement indignes d’hommes, mais une école de volonté et de tenaces résolutions. Retrouvons et gardons en nous cette force exaltante du merveilleux métier qui nous attend en rentrant…

A toute société il faut un chef, à toute main un cerveau. Nous qui sommes les mains, suivons le cerveau qui dirige, le premier ouvrier français qui donne l’exemple de l’amour du Travail, le Maréchal et la Patrie est sauvée.

 

Pierre Chigot, PG 19768, 2ème adjoint à Maders, se réjouit que Pétain veuille une décentralisation du pays en divisant la France en 15 provinces (regroupant chacune plusieurs départements) avec chacune à la tête un Gouverneur, ce qui ne fera plus de Paris le seul pôle d’attraction.

“La province était endormie, elle semblait morte. Le Maréchal lui a dit : “Vis” et elle semble retrouver des forces oubliées… Le retour à la terre, favorisé par les lois justes et la politique familiale, augmentera la population des campagnes et toute la vie provinciale en sera vivifiée.”

 

Ce retour à la terre est illustré par Demouron sur la couverture du 15 juillet 1941 du “Soleil Saganais” par un dessin intitulé “Les foins”.

 

“Le retour à la Terre”, c’est le titre de l’article de Jean Boulard, PG  32813, qui finit ainsi : “Paysan à mains calleuses, luisantes, déformées par l’outil, tu peux être fier et confiant. Ton foyer uni dans le travail et la foi, tes décisions, tes goûts et distractions simples et sains, ta tâche d’aujourd’hui qui te remet au premier plan de la Nation, tout cela ne nous rappelle-t-il pas qu’à l’origine notre peuple était race de paysans ?

 

Comment les PG du stalag et des kommandos rattachés au VIIIC vivaient-ils ce culte du Maréchal et de sa Révolution nationale ?

 

Dans son rapport intitulé : “Rapatriés 1940-1945”, Jean Védrine, une quarantaine d’années plus tard s’efforce de décrire ce qu’il croit avoir été la vérité à une époque donnée :

“Ce qui me semble toujours évident, c’est le crédit général dont jouissait le Maréchal chez les Prisonniers. En réalité, pour la très grande majorité d’entre eux, l’Etat français était purement et simplement la continuation de la République française et le Maréchal Pétain une sorte d’Albert Lebrun plus prestigieux, plus vénérable et plus personnalisé. Pétain bénéficiait aussi parmi nous d’un préjugé affectif favorable, parce qu’on connaissait ses préoccupations à notre sujet et que cela se traduisait par des mesures administratives en faveur des PG, de leurs familles et des rapatriés et par l’envoi de vêtements et de nourriture dans les camps. Les réformes qui avaient été entreprises en son nom, tout au moins celles dont nous avions eu connaissance, semblaient à la majorité d’entre nous marquées par le bon sens et, pour certaines, inspirées par un “esprit antitrust” qui convenait à notre société égalitaire. C’est ainsi qu’elles étaient présentées alors et je souris aujourd’hui de ces illusions, les miennes, les nôtres… Amalgamées dans ce qu’on appelait la Révolution nationale, ces réformes suscitaient la curiosité et l’intérêt, car elles risquaient de modifier les structures de notre pays et tout d’abord la vie de nos familles… Certes, des mesures surprenaient ou choquaient mais on les croyait “imposées par l’occupant contre la volonté du Maréchal.”

 

A travers les festivités du Maréchal d’octobre 41, n’est-ce pas avant tout de retour dans leur province de France, dans leur vieille maison, dans leur famille dont rêvent les prisonniers en portant leurs pensées pour un moment bien au-delà des miradors, bien au-delà des barbelés vers la terre qui les a vus naître et qui a besoin de l’effort de tous pour être revivifiée ?

 

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